SCPI Épargne Foncière baisse​ : Faut t’il s’inquiéter ou réinvestir ? Guide complet

Agents immobiliers présentant des propriétés à des clients potentiels

Idées principalesDétails et contexte
📉 Chute drastique du prix des partsLe prix de souscription a baissé de 19,76 % en 2025, passant à 670 euros.
🏢 Surexposition aux bureaux69,79 % du portefeuille composé de bureaux, segment affaibli par télétravail.
🚪 Taux de vacance élevé13,8 % de locaux vacants, notamment 96,2 % des surfaces vides concentrées aux bureaux.
💸 Collecte quasi inexistanteCollecte brute de 0,7 million au Q4 2025 contre 37,6 millions au Q1.
File d’attente de retraits massive446 219 parts en attente, représentant 276,5 millions d’euros à rembourser.
📊 Rendement en déclinTaux de rendement interne négatif (-0,80 %) sur les cinq dernières années.
🌍 Patrimoine diversifié et sain419 immeubles, endettement à 19,62 %, présence en Allemagne et régions.
🔄 Stratégie de cessions actives39 cessions en 2025 pour 177,7 millions d’euros, allègement portefeuille.

Créée en 1968 par La Française Real Estate Managers, la SCPI Épargne Foncière est l’une des plus anciennes et des plus imposantes de France, avec une capitalisation de 4,14 milliards d’euros et 57 289 associés.

Pourtant, depuis 2024, cette institution de la pierre-papier traverse une zone de turbulences sévère. La baisse de la SCPI Épargne Foncière n’est pas un accident isolé : c’est le résultat d’une conjonction de facteurs structurels, et comprendre ce qui se passe vraiment est indispensable avant de prendre la moindre décision.

Le choc est brutal. Au 1er janvier 2025, le prix de souscription a chuté de 19,76 %, passant de 835 euros à 670 euros par part. Ce n’est pas une simple correction technique : c’est le signal d’une réévaluation en profondeur du patrimoine immobilier sous-jacent. J’ai rarement vu une baisse aussi marquée sur une SCPI de cette taille en aussi peu de temps — et dans mon métier, j’en ai vu passer des tempêtes.

Plusieurs facteurs expliquent cette dégringolade. Le premier, c’est la composition sectorielle du portefeuille. 69,79 % des actifs sont des bureaux, un segment immobilier qui souffre structurellement depuis la démocratisation du télétravail post-Covid. Les expertises immobilières à périmètre constant confirment un repli global de 1,8 %, avec une baisse spécifique de 2,5 % pour les bureaux. Ajoutez à cela que 96,2 % des surfaces vacantes sont des bureaux, concentrés à 59,7 % en Île-de-France, et vous comprenez où le bât blesse.

Le second facteur, c’est la vacance locative. Le taux d’occupation physique s’établit à 86,2 % au 31 décembre 2025, avec 10,8 % de locaux vacants en recherche active. Au quatrième trimestre 2025, 39 172 mètres carrés ont été libérés pour seulement 31 799 mètres carrés reloués — soit un solde négatif de 7 373 mètres carrés. Le stock total de locaux vacants atteint 158 079 mètres carrés, dont 28 517 en cours de restructuration. L’immeuble Step Up à Pantin, libéré par BNP Paribas sur plus de 14 000 mètres carrés, illustre parfaitement ce problème de départ de grands locataires.

Troisième facteur : la collecte quasi nulle. Au quatrième trimestre 2025, la collecte brute n’atteignait que 0,7 million d’euros, contre 37,6 millions d’euros au premier trimestre de la même année. Quand les retraits compensent intégralement les nouvelles souscriptions, la SCPI ne peut plus financer sa croissance ni absorber ses sorties. C’est un cercle vicieux que j’appelle affectueusement « le syndrome de la piscine qui se vide pendant qu’on la remplit au compte-gouttes ».

Cette situation n’est pas propre à Épargne Foncière. Selon l’ASPIM, entre mars 2023 et janvier 2025, 39 SCPI ont diminué la valeur de leurs parts. Des SCPI de bureaux comme Primopierre de Praemia (-39,4 %), Laffitte Pierre d’AEW Patrimoine (-34,4 %) ou Accimmo Pierre (-31 %) affichent des baisses encore plus sévères. Contexte utile pour ne pas paniquer, mais pas pour minimiser non plus.

ValeurMontantÉvolution
😟 Prix de souscription670 €-19,76 % en 2025
📉 Valeur de réalisation581,52 €Décote de 13,2 %
🏗️ Valeur de reconstitution704,15 €Décote de 4,8 %
💰 Valeur de retrait619,75 €Inférieure au prix de souscription

Au 31 décembre 2025, 446 219 parts sont en attente de retrait, représentant 276,5 millions d’euros, soit 7,2 % de la capitalisation totale. Pour tenter de résorber cette pression, La Française Real Estate Managers a doté un fonds de remboursement de 30 millions d’euros au quatrième trimestre 2025, permettant de traiter 44 672 parts au prix de 538 euros. Soyons honnêtes : c’est une goutte d’eau face à une file d’attente qui représente dix fois plus.

La performance en termes de rendement mérite aussi un regard attentif. Le taux de distribution 2025 s’établit à 4,86 %, avec une distribution brute de 32,56 euros par part (dont 27,62 euros de résultat, 3,58 euros de report à nouveau et 1,36 euros de fiscalité payée par le fonds). C’est encore correct — mais la vraie question, c’est 2026.

L’objectif de distribution pour 2026 est compris entre 21,80 et 23,40 euros par part, soit une baisse de 25 à 30 % dès le premier trimestre. La raison ? Une diminution attendue des loyers perçus, combinée à la montée de la vacance. Sur 5 ans (2021-2025), le taux de rendement interne affiche -0,80 % — négatif. Sur 10 ans, il remonte à +2,95 %, et sur 15 ans à +4,13 %. L’historique long terme rassure un peu, mais les 5 dernières années font mal.

Pour les investisseurs qui se demandent comment traiter la déclaration fiscale de leurs revenus SCPI dans ce contexte de redistribution complexe, le sujet mérite une attention particulière cette année.

Face à cette situation, plusieurs questions se posent concrètement. Faut-il vendre, attendre ou renforcer ? Je ne vais pas vous donner de réponse universelle — ce serait irresponsable — mais je peux vous donner des éléments de lecture solides.

D’un côté, le patrimoine reste conséquent : 419 immeubles pour 1 146 395 mètres carrés d’exploitation, avec une répartition géographique diversifiée entre l’Île-de-France (36,79 %), les régions (32,41 %), Paris (22,30 %) et plusieurs pays européens comme l’Allemagne (5,53 %). L’endettement s’établit à 19,62 %, bien en dessous du plafond réglementaire de 30 %, avec un taux moyen de 1,74 %. C’est un point positif souvent sous-estimé.

Des projets de valorisation sont en cours : la résidence tourisme de Serre-Chevalier livrée le 5 décembre 2025 est entièrement louée à MMV, une résidence seniors à Dijon a été livrée le 27 janvier 2025 sur 7 631 mètres carrés, et l’actif Le Cinq à Bordeaux, entièrement rénové, est attendu pour 2026. Ces livraisons contribueront à améliorer le taux d’occupation.

En 2025, 39 cessions ont été réalisées pour 177,7 millions d’euros, dont 55 000 mètres carrés cédés, incluant 12 000 mètres carrés vacants. Cette politique active de cessions permet de financer partiellement les sorties tout en allégeant le portefeuille des actifs les moins performants. À titre de comparaison, la SCPI LF Grand Paris Patrimoine, gérée par le même gestionnaire, a subi une baisse de 14,51 % au 1er janvier 2025 — une correction moindre, mais qui témoigne du même contexte de marché.

Pour les porteurs souhaitant sortir, le marché secondaire 2nd Market offre une alternative à la file d’attente classique, avec des délais moyens de 4 à 8 semaines entre l’annonce et le virement. C’est plus long qu’un virement bancaire, mais infiniment plus express que d’attendre dans une file de 276,5 millions d’euros. La vente de gré à gré se fait certes avec une décote, mais elle offre une certitude de liquidité que la file d’attente ne garantit pas aujourd’hui. Dans un marché où la collecte brute trimestrielle tombe à 0,7 million d’euros, mieux vaut parfois un tiens que deux tu l’auras.

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