Peut-on expulser un locataire de plus de 70 ans​ ? Droits et conditions légales

Idées principalesDétails et actions
🧓 Protection limitée des locataires âgésL’article 15 de la loi de 1989 protège uniquement lors d’un congé pour reprise ou vente.
📊 Deux conditions cumulatives requisesÊtre âgé de plus de 70 ans et disposer de revenus annuels inférieurs à 33 000 euros.
⚖️ Expulsion possible pour faute du locataireNon-paiement de loyers, dégradations, sous-location illégale restent des motifs valables.
🏡 Obligation de relogement à charge du propriétaireProposer un logement adapté aux besoins et ressources du locataire avant expulsion.
❄️ Trêve hivernale de protection supplémentaireAucune expulsion exécutée du 1er novembre au 31 mars, tous cas confondus.
⚠️ Assistance juridique fortement recommandéeConsulter un avocat spécialisé pour éviter l’annulation des procédures.

Un bailleur m’a appelé un matin, paniqué : son locataire venait de fêter ses 71 ans, accumulait six mois de loyers impayés, et il ne savait plus quoi faire. « Philippe, je peux rien faire contre lui, c’est un senior ? »

Bonne nouvelle : la réponse n’est pas si tranchée. L’âge d’un locataire ne constitue pas un bouclier absolu contre toute procédure d’expulsion, mais il impose des règles bien précises que tout propriétaire doit connaître avant d’agir.

🧓 Expulsion d’un locataire âgé : Ce que dit vraiment la loi

La protection des locataires de plus de 70 ans repose sur l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989, qui encadre strictement la reprise du logement. Attention, il ne s’agit pas d’une immunité totale : c’est une protection spécifique qui s’applique dans un contexte bien précis, celui du congé pour reprise ou pour vente.

Concrètement, un propriétaire qui souhaite récupérer son bien pour y habiter ou le vendre ne peut pas donner congé à un locataire remplissant deux conditions cumulatives :

  • 🎂 Être âgé de plus de 70 ans à la date d’expiration du bail
  • 💶 Disposer de ressources annuelles inférieures à 1,5 fois le montant annuel du SMIC

En 2026, le SMIC annuel brut dépasse 22 000 euros. Le seuil de protection se situe donc autour de 33 000 euros de revenus annuels. Si votre locataire dépasse ce plafond, la protection de l’article 15 ne s’applique pas, et vous retrouvez une liberté contractuelle normale.

Une subtilité supplémentaire : si le bailleur lui-même a plus de 65 ans, la protection du locataire âgé ne s’applique pas non plus. La loi a voulu éviter une situation absurde où un propriétaire âgé serait bloqué par un locataire tout aussi âgé. Un équilibre somme toute logique, même si la justice a parfois tranché des cas bien plus rocambolesques.

⚖️ Quand l’expulsion reste possible malgré les 70 ans du locataire

Là où beaucoup de propriétaires se trompent, c’est en croyant que l’âge protège le locataire dans tous les cas de figure. Ce n’est pas exact. La protection de l’article 15 ne concerne que le congé délivré par le bailleur, pas les procédures judiciaires pour faute du locataire.

Autrement dit, si votre locataire de 74 ans ne paie plus son loyer depuis plusieurs mois, dégradé le logement, ou sous-loue sans autorisation, la procédure d’expulsion judiciaire reste ouverte, quel que soit son âge. Le tribunal judiciaire peut prononcer la résiliation du bail et ordonner l’expulsion. Le juge conserve toutefois un pouvoir d’appréciation sur les délais accordés au locataire pour quitter les lieux.

Dans ce type de situation conflictuelle, notamment lorsque des loyers impayés s’accumulent et nécessitent une saisie sur salaire, mieux vaut anticiper les étapes et bien documenter chaque manquement du locataire dès le départ.

Voici les principaux motifs qui permettent une expulsion judiciaire malgré l’âge protégé :

  1. Non-paiement répété ou prolongé des loyers et charges
  2. Troubles de voisinage graves et persistants
  3. Dégradations notables du logement
  4. Sous-location non autorisée
  5. Utilisation du logement à des fins autres qu’habitation

Je le répète souvent à mes clients : la loi protège la fragilité sociale, pas les comportements abusifs. Un locataire âgé de bonne foi bénéficie d’une protection méritée. Un locataire âgé qui ne remplit plus ses obligations contractuelles reste soumis aux mêmes règles que n’importe quel autre.

📋 Tableau comparatif des situations et protections applicables

SituationProtection de l’art. 15 applicable ?Expulsion possible ?
🏠 Congé pour reprise, locataire +70 ans sous plafond de ressources✅ Oui❌ Non (sauf relogement)
💰 Congé pour reprise, locataire +70 ans au-dessus du plafond❌ Non✅ Oui
🚫 Loyers impayés, quel que soit l’âge❌ Non applicable✅ Oui (voie judiciaire)
👴 Bailleur lui-même +65 ans❌ Levée de protection✅ Oui

🏡 L’obligation de relogement : Une contrainte fréquemment ignorée

Si vous êtes propriétaire et que vous souhaitez donner congé à un locataire protégé, la loi ne vous laisse pas simplement lui souhaiter bonne chance. Vous devez lui proposer un relogement correspondant à ses besoins et à ses possibilités, situé dans une zone géographique cohérente avec ses habitudes de vie.

Cette obligation de relogement est souvent la partie la plus complexe de la procédure. J’ai accompagné des propriétaires qui, faute de l’avoir anticipée, ont vu leur congé annulé par le tribunal, perdant ainsi deux ans de démarches. Un détail procédural peut tout remettre à zéro.

Par ailleurs, si vous gérez un immeuble ou un bien en indivision avec des parties communes, des questions connexes peuvent surgir, notamment sur la gestion d’une toiture commune sans copropriété, qui relève d’un cadre juridique distinct mais tout aussi structurant pour la valorisation du patrimoine.

La trêve hivernale constitue une protection supplémentaire, applicable du 1er novembre au 31 mars : aucune expulsion ne peut être exécutée pendant cette période, et ce, quelle que soit la décision judiciaire obtenue.

Mon conseil pratique : ne gérez jamais seul ce type de dossier. Faites-vous accompagner dès la rédaction du congé par un avocat spécialisé en droit immobilier. Le coût d’un conseil préventif est sans commune mesure avec celui d’une procédure annulée ou d’un contentieux qui s’étire sur trois ans. La rigueur procédurale n’est pas une option, c’est votre meilleure protection comme propriétaire bailleur.

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